Vive le vin et l'Art

View the complete tour Following in the Steps of Nelligan with the BaladoDiscovery app for free on Android or iPhone/iPad

At St. Lawrence Hall

The facade of Saint Lawrence Hall, circa 1890. An evening at the opera. Horse races.

In Cacouna, Nelligan was surrounded by a bilingual and multicultural population. The young poet sometimes felt like he was in the midst of a huge fair where everything mingled “in a bright burst of green gaiety”: horse races, cricket games, five o’clock tea, musical evenings at Saint Lawrence Hall...

In the late nineteenth century, this luxurious hotel with its many cultural and recreational activities contributed greatly to Cacouna’s reputation as a wonderful resort community. Although his family did not stay at the hotel, Nelligan could easily reach it from either the beach or the main street, mingling with the guests and taking part in activities.

Photo source :
Hotel façade: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds Livernois (P560,S1,353)
At the opera : Edward Jump, Canadian Illustrated News, 24-08-1872, p.117, The Parsonage Collection
Races : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds Livernois (P560,S1,361)
 


“La Romance du Vin’’

On the fourth evening of the École littéraire de Montréal, at the Musée du Château Ramezay, Émile Nelligan, then 19, made a strong impression on the audience.

On May 26, 1899, a large crowd gathered at the Château de Ramezay to attend the fourth public meeting of the École littéraire de Montréal. Jean Charbonneau, one of nine participating poets, describes a defining moment: “Émile Nelligan was there that night. (...) When the young poet – with his wind-tossed mane, eyes ablaze and resonant voice – declaimed ‘Romance du Vin,’ the room was filled with excitement. Enthusiastic cheering greeted this essential, authentic cry of a great and true poet.” (Émile Nelligan, Biographie, Paul Wyczynski, BQ, 1999, p.194)

Photo source :
19 years old Nelligan over an old postcard of the Château Ramezay (Album Nelligan ii, P.W.-CJH)
 


“La Romance du Vin’’


“La Romance du Vin’’

Tout se mêle en un vif éclat de gaîté verte.
Ô le beau soir de mai! Tous les oiseaux en chœur,
Ainsi que les espoirs naguères à mon cœur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

Ô le beau soir de mai! Le joyeux soir de mai!
Un orgue au loin éclate en froides mélopées;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le cœur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai! Je suis gai! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin! Verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j’ai de la foule méchante!

Je suis gai! Je suis gai! Vive le vin et l’Art!...
J’ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d’automne au loin passant dans le brouillard.

C’est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et l’objet du mépris,
De se savoir un cœur et de n’être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d’orage!

Femmes! Je bois à vous qui riez du chemin
Où l’Idéal m’appelle en ouvrant ses bras roses;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main!

Pendant que tout l’azur s’étoile dans la gloire,
Et qu’un hymne s’entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n’ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire!

Je suis gai! Je suis gai! Vive le soir de mai!
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre!...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre;
Enfin mon cœur est-il guéri d’avoir aimé?

Les cloches ont chanté; le vent du soir odore…
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh! Si gai, que j’ai peur d’éclater en sanglots!
 


Winter evening

... Oh, how the snow must be falling on the shore!

“The dream unfolds like a sigh trapped in ice; it lies somewhere between the white surface and the black depths: “tous les étangs gisent gelés, mon âme est noire”. In these lines, the link between the winter landscape and winter of the soul is stark.
The dream is triply bounded by snow, glass and pain... The glass of the window attracts the eye, inviting the gaze while creating a transparent barrier between indoors and outdoors.” (Paul Wyczynski, Écrivains canadiens d’aujourd’hui, Fides 1967, p.58)

Could it be that Nelligan, who was born on December 24, gazing from a frosted window overlooking the gloom of Montreal on his birthday morning, let his thoughts drift nostalgically to his adventures in Cacouna? There is little doubt. On certain frosty December evenings, isn’t it his voice we hear, carried on the cold west wind, whispering these words: “Oh, that winter should come and pass... This dark winter of the city... Oh, how winter must be white in the fields, and how the snow must be glittering under the frost and falling on the shore!” (Yvan Roy Nelligan à Cacouna, p.182)

Photo source : Yvan Roy, Cacouna beach, winter 2007
 


“Soir d’hiver’’


“Soir d’hiver’’

Ah! Comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! Comme la neige a neigé!
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai!

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire : Où vis-je? Où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah! Comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! Comme la neige a neigé!
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai!...