François Gaudreault et la colonisation

Le premier colon


Des voies de passage depuis des millénaires

Au nord du lac Saint-Jean, les rivières constituent des voies de passage sur le territoire depuis des millénaires. 

Image : Rivière Mistassini, année inconnue. (Source de l’image : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P110 Fonds Monastère des Pères Trappistes)


Les rivières Mistassini et Mistassibi

La rivière Mistassibi, dont le nom en innu-aimun signifie « grande rivière », coule avec force avant de rejoindre la rivière Mistassini à Dolbeau-Mistassini. Celle-ci, longtemps utilisée comme voie de déplacement par les Premières Nations, deviendra un axe stratégique pour la colonisation, la traite des fourrures puis l’industrie forestière.

La rivière Mistassini, dont le vaste bassin versant couvre 21 885 km², prend sa source à l’embouchure du Petit lac De Vau (altitude : 581 m). Longue de près de 300 kilomètres, elle constitue le deuxième bassin hydrographique en importance dans la région. Son cours supérieur est marqué par une succession de rapides, chutes et cascades impressionnantes qui obligeaient autrefois les voyageurs à effectuer de nombreux portages. Dans sa partie inférieure, elle reçoit notamment les eaux de la rivière aux Rats avant de confluer avec la Mistassibi.

Signification

Son nom, issu du cri mischta-assini, signifie « grosse pierre », ou « grand rocher ». Il ferait référence à une imposante roche jadis considérée comme sacrée, associée à l’esprit Tchigog8che8, gardien du beau et du mauvais temps, au lac Mistassini, un rocher mythique encore non découvert à ce jour. La présence autochtone sur la rivière remonterait à l’an mil, témoignant de l’ancienneté de l’occupation du territoire. 

Voie d'accès au lac

Dès le 17e siècle, la Mistassini constitue l’une des principales voies d’accès au lac du même nom. En 1679, Louis Jolliet la nomme vraisemblablement « R. Kakigoua ». Au 18e siècle, elle devient « Rivière aux Sables » sur les cartes. C’est en 1792 que le botaniste André Michaux officialise le nom « Rivière Mistassini ».


Point d'observation

Une tour d’observation permet d’admirer la Pointe-des-Pères et la rivière environnante.

Image : Ville de Dolbeau-Mistassini


François Gaudreault, premier colon de Mistassini

Quelques années avant l’arrivée des Pères Trappistes, François Gaudreault est le premier homme à s’établir durablement sur le territoire qui deviendra la Pointe-des-Pères. Originaire de Charlevoix, il travaille d’abord dans les chantiers forestiers du secteur de Péribonka. Animé par le rêve d’opérer son propre moulin à scie et de sortir sa famille de la pauvreté, il accepte, en 1883, de s’aventurer vers une contrée encore inhabitée, attiré par la puissance des chutes de la rivière Mistassibi.

Image : Groupe de pionniers de Mistassini, dont François Gaudreault (fils) complètement à droite, et François Gaudreault (père) à sa gauche. (Source de l’image : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P299 Fonds François Gaudreault)


À travers les territoires

Avec son fils aîné, Gaudreault parcourt un territoire difficile d’accès, par les rivières, les portages et la forêt dense. Le voyage est périlleux et marqué par l’isolement. Une fois sur place, il abat le premier arbre d’une vaste forêt vierge et construit un campement, une étable et un moulin à scie. Son installation se fait toutefois sans titre officiel, ce qui lui vaudra longtemps le surnom de « squatter ».

Après avoir établi un premier abri, il retourne chercher ses autres fils. Ces allers-retours, effectués dans des conditions extrêmes, mettent leur vie en danger à plusieurs reprises. Malgré son courage et ses efforts, les difficultés de subsistance persistent. En 1890, François Gaudreault vend une étable aux Pères Trappistes pour 500 $, cédant ainsi ce qui deviendra le point de départ du village des Pères et de la future ville de Mistassini.


Le premier moulin à scie

En janvier 1883, alors qu’il travaille dans les chantiers près de Péribonka, François Gaudreault rêve d’exploiter son propre moulin à scie. Informé d’un site prometteur près des puissantes chutes de la Mistassibi, il remonte la rivière avec son fils aîné Aimé vers un territoire encore inhabité. Au pied de la première chute de la rivière aux Foins, côté nord, il construit un moulin actionné par la force de l’eau ainsi qu’un campement rudimentaire. 

Sur quatre ou cinq arpents, près de deux heures de marche, séparent le camp du moulin. Autour de la rivière Mistassibi prennent forme une étable, une grange et des terres défrichées : les premières installations permanentes de Mistassini.

Image : L’installation de François Gaudreault, en 1896, face aux dépendances du Monastère des Pères Trappistes, de l’autre côté de la rivière Mistassibi. (Source de l’image : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P99 Collection Musée François-Paradis)


Les déboires entourant le terrain

Au printemps 1884, François Gaudreault retourne chercher ses autres fils à Saint-Méthode. Le voyage en canot est périlleux. La famille vit de maigres récoltes, de chasse et du bois scié au moulin. En 1890, Mgr Calixte Marquis souhaite établir les Trappistes sur ces terres. Gaudreault, considéré comme « squatter », reçoit 500 $ pour ses quelque 20 arpents défrichés et son étable, servant de premier logis aux Pères. Après des contestations juridiques menées notamment par le marchand Euloge Ménard, la propriété est officiellement confirmée aux Pères le 21 janvier 1896.

Un moulin pour préparer le bois

Comme le rapporte un témoignage, « le père François Gaudreault [avait] bâti un moulin pour préparer le bois pour construire des maisons et permettre aux pères de bâtir leur monastère[1] ».

Aujourd’hui

Au Parc de la Pointe-des-Pères, une tour d’observation offre une vue sur la rivière Mistassibi et sa chute. De là, on aperçoit l’emplacement des premières installations de François Gaudreault ayant marqué le véritable point de départ de Mistassini.

Référence : [1] « Témoignage de monsieur Louis Perron de Mistassini, entrevue du 2 août 1975 par A. Daniel, prêtre », dans Une merveilleuse odyssée, de Charlevoix à Mistassini, Lac-Saint-Jean, tome VI, François Gaudreault : Dernière étape à Mistassini, pp. 284-291.

Références

A. Daniel dit Donaldson. Une merveilleuse odyssée, de Charlevoix à Mistassini, Lac-Saint-Jean, tome VI, Chicoutimi, 1991, 468 p.

BaladoDécouverte. La rivière Mistassini, 2018 [en ligne].

Christian Pelchat. Je me souviens du village des Pères (le site et ses occupants), Dolbeau-Mistassini, Comité pour la Protection de l’Environnement Dolbeau-Mistassini, 1986, p. 8.

Isabelle Trottier et Lisa Fortin. Dolbeau­-Mistassini en photos... reflet historique d’une collectivité, Société d’histoire et de généalogie Maria ­Chapdelaine, Dolbeau­-Mistassini, 2011, pp. 13-14.

Wikipédia. « Rivière Mistassibi », « Rivière Mistassini » et  « Lac Mistassini », sur Wikipédia, 2024 [en ligne].

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Dolbeau-Mistassini se raconte

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