Le pont piétonnier que vous venez de traverser enjambe la rivière Tomifobia.
La proximité de la puissante rivière Tomifobia et de sa splendide chute explique l’existence de Rock Island. C’est à cet endroit que le débit de la rivière est le plus grand sur une série de rapides et de chutes. La rivière est jadis harnachée pour propulser des roues à aubes et, plus tard, des turbines. En raison de sa longévité, l’usine Butterfield est la plus connue de toutes celles qui utilisent la puissance hydraulique de la rivière ; plusieurs autres usines s’installent le long de la rivière et du canal, qui donne son nom au village de Rock Island. Parmi elles se trouvent des fonderies, des ateliers de machinage, des moulins, une tannerie, une usine de meubles, des manufacturiers de vêtements de travail, un atelier de fabrication de carrioles, une usine de bouteilles et une fabrique de fouets. C’est ainsi que Rock Island devient un centre industriel florissant des années 1800.
Une des pires inondations à frapper la région est le déluge de 1927. Le désastre se produit lorsque deux tempêtes entrent en collision au début de novembre. Trois journées de pluies torrentielles provoquent le débordement des rivières et des lacs, inondent les fermes et les villages, emportent les ponts, les routes, les maisons et les commerces à travers les Cantons-de-l’Est et le nord de la Nouvelle-Angleterre. Les trois villages n’échappent pas aux ravages qui sont particulièrement importants le long de la rivière Tomifobia.
''Tomifobia'' est l’un de nombreux noms de lieux autochtones qui survivent à la colonisation de la région. Selon la Commission de toponymie du Québec, le nom est d’origine W8banaki (Abénaki). Les W8banaki sont un peuple de langue algonquienne qui occupe la région longtemps avant les pionniers. On dit que « Tomifobia » signifie rivière tranquille, rivière croche ou rivière sinueuse. Elle traverse la Ville de Stanstead, et devient plus tranquille en suivant son cours vers le lac Massawippi.
Les Cantons-de-l’Est sont occupés par des peuples autochtones depuis des millénaires. La région était incluse dans le territoire traditionnel non cédé du peuple W8banaki, présent des siècles avant l’arrivée des colons. Nation parlant l’algonquien, les W8banaki (francisé en Abénaki) chassent et trappent dans cette partie du Ndakina (« notre territoire »). Les W8banaki établissent des campements saisonniers le long des cours d’eau et utilisent abondamment les lacs et les rivières pour se déplacer.
Quand le sud du Québec est ouvert à la colonisation par le gouvernement britannique, dans les années 1790, le plus gros du territoire W8banaki est divisé en cantons et éventuellement vendu à des colons de Nouvelle-Angleterre, des Îles britanniques et d’ailleurs au Canada. De nos jours, la Première Nation W8banaki se concentre dans les communautés d’Odanak, sur la rivière Saint-François, et de Wôlinak, sur la rivière Bécancour.
Plusieurs lieux des Cantons-de-l’Est portent encore des noms autochtones, même si leur orthographe a changé : Memphrémagog, Massawippi, Magog, Missisquoi, Mégantic, Coaticook, et Tomifobia n’en sont que quelques exemples.