Saint-Pacôme: le pays d'André Gagnon

Entre plaine, rivière et montagne

À quelques pas se dressent l’église et, juste en face, le panneau Fil Rouge consacré à André Gagnon, deux repères marquants de l’histoire du village. 

Vers la fin des années 1840, les habitants du troisième rang de la seigneurie de la Bouteillerie se mobilisent pour créer leur propre paroisse. Le moulin seigneurial, situé à proximité, tire parti du courant, mais l’église de Rivière-Ouelle est trop éloignée pour les familles disséminées dans les contreforts.

La paroisse de Saint-Pacôme voit enfin le jour en 1851 et prospère grâce à la rivière, aux moulins et à une communauté soudée. Francophones et anglophones, catholiques et protestants vivent ensemble dans un esprit d’entraide qui perdure encore aujourd’hui.
Pendant près d’un siècle, le moulin à scie a rythmé la vie de ce village. Sa grande cheminée, surnommée « l’Enfer », dominait alors le paysage et reste aujourd’hui un symbole fort de la mémoire collective. 

L’église, reconstruite après un incendie, puis le presbytère d’origine devenu l’auberge Comme au premier jour… témoignent de cette continuité. Aujourd’hui, l’auberge porte le nom d’une pièce tirée de l’album Impressions (1983).

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Au Kamouraska, le circuit Passeurs de mémoire Gagnon-Belzile comprend aussi une station André Gagnon consacrée à sa maison natale, là où tout commence, au bord de la rivière Ouelle. 

L’univers sensible d’André Gagnon demeure lié à l’âme de Saint-Pacôme.

Source image : Saint-Pacôme vu du Belvédère de la Croix. Photo : Louis-Bernard Forgues, Municipalité de Saint-Pacôme


L’enfance en musique

Tout commence au bord de la rivière, à Saint-Pacôme.

Dans la maison des Gagnon, la musique fait naturellement partie de la vie de tous les jours. André Gagnon (1936-2020) y grandit au sein d’une famille nombreuse.

Son père, mesureur de bois et commerçant, travaille dans l’industrie forestière, tandis que sa mère, ancienne institutrice, fait entendre sa voix en chantant. Frères et sœurs fredonnent des airs populaires ou s’essaient aux instruments.

Très tôt, le piano attire André : d’abord par curiosité, puis par fascination. Il rejoue les mélodies entendues et en invente de nouvelles avant même d’en connaître les règles.

Plus tard, il dira que tout a commencé ici, dans cette maison où la musique se mêlait à l’air que l’on respirait.

Source image : André Gagnon avec sa sœur « maman Colette ». Photo : Archives Famille David Gagnon


Premières influences

Dans les années 1940, grandir à Saint-Pacôme suit le rythme des saisons, du village, de l’école.

La musique rassemble à la messe du dimanche, durant les fêtes et les veillées en famille. 

Chez les Gagnon, le jeune André développe une mémoire musicale étonnante : il retient les airs et les rejoue au piano avec une aisance qui surprend son entourage. 

Les paysages du littoral et la lumière sur la rivière marquent son enfance. Ces impressions resurgiront dans ses œuvres : lenteur des saisons, fracas de la rivière au printemps, calme de l’horizon et chaleur du foyer.

Au cœur de cette famille soudée, il apprend le partage. Ces racines deviennent un repère durable de son parcours créatif.

Source image : André Gagnon et ses sœurs Colette et Janine devant chez lui à Entrelacs vers 1989. Photo : Archives Famille David Gagnon


Une première guide

À l’école du village, une religieuse remarque très vite le talent d’André.

Sœur Marie Lætitia décèle ses aptitudes musicales dès sa première année. Elle l’initie au piano, lui apprend à lire la musique et transforme chaque exercice en découverte : gammes, accords, premières partitions. 

Sous son regard attentif, André comprend que les notes racontent des histoires. Mère Lætitia, comme il l’appelle, l’encourage, nourrit sa curiosité et reconnaît chez lui une intuition rare : entendre intérieurement la musique avant de poser les doigts sur le clavier. 

Leur relation dépasse l’école. André lui reste profondément reconnaissant et lui demeure fidèle jusqu’à la fin de sa vie. 

Grâce à cette première guide, la musique devient son langage le plus intime.

Source image : Sœur Émilienne Julien, sœur Lætitia. Photo : Fonds André Gagnon, BAnQ


Apprendre la discipline

André étudie au Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Entre deux promenades, il approfondit sa formation musicale. 

L’abbé Léon Destroismaisons, professeur et organiste respecté, guide son apprentissage. Sous sa direction, André découvre la rigueur du répertoire classique et la discipline nécessaire à la maîtrise de son instrument. 

Il étudie Bach, Mozart et Chopin, allie technique et sensibilité. Ces années forgent des bases solides, sans brider son instinct.

L’abbé inculque à ses élèves le respect de la musique sacrée et du travail bien fait. André y apprend que la liberté créative exige la maîtrise technique. 

À quinze ans, son premier Ave Maria révèle une sensibilité mélodique singulière qui deviendra sa marque.

Cette tension entre spontanéité et exigence signe durablement son écriture musicale.

Source image : Partie de tennis chez les Dionne : de gauche à droite, André Gagnon, Simone Royer, Gilles et Louise Dionne, Arthur Lévesque, Saint-Pacôme, août 1953. Photo : Archives Famille David Gagnon


La grande ville : Montréal

Au début des années 1960, dans la vingtaine, André Gagnon quitte Saint-Pacôme pour Montréal et entre au Conservatoire de musique. 

La grande ville lui ouvre le monde et affine sa technique. Il y découvre une nouvelle liberté dans sa façon d’écrire et de penser la musique. 

Cabarets, boîtes à chansons et studios d’enregistrement attirent une génération d’artistes en pleine effervescence. André fréquente ce milieu foisonnant et multiplie les rencontres avec chanteurs, musiciens et créateurs.  

Montréal devient un carrefour où se croisent répétitions de théâtre, enregistrements de disques et émissions de télévision. La musique y prend mille formes.

Montréal devient son école et son laboratoire de création. Il y acquiert une solide expérience du studio et de l’arrangement, apprend à écrire vite, à collaborer et à imaginer une musique capable de circuler au-delà des frontières et de faire dialoguer les genres.

Source image : qub.ca


Dans l’ombre des plus grands

Très jeune, André Gagnon accompagne les maîtres. Longtemps, il travaille « dans l’ombre », presque invisible derrière le piano, au service des vedettes des années 1960.

Ce rôle discret lui apprend l’essentiel : écouter la voix de l’autre, lui offrir l’écrin musical qui la sublime. À force d’ajuster son jeu à chaque interprète, il en vient à respirer au rythme de leur phrasé, accélérant ou ralentissant au moindre regard.

Avant d’être reconnu comme compositeur, il se forge un nom d’accompagnateur et d’arrangeur exceptionnel. En 1959, il devient le premier pianiste du groupe de chansonniers Les Bozos réunissant Jean-Pierre Ferland, Hervé Brousseau, Clémence Desrochers, Raymond Lévesque, Claude Léveillée, au cœur de la révolution de la chanson québécoise.

Dans ce cercle, il côtoie aussi Monique Leyrac, Renée Claude, Diane Dufresne et le jeune Luc Plamondon. Ces rencontres affirment progressivement sa propre voix.

Source image : André Gagnon avec Claude Léveillée. Photo : BAnQ


De nouveaux territoires

Compositeur curieux, André Gagnon ne se cantonne pas à un seul univers. Il puise son inspiration dans la chanson, le théâtre, le cinéma, le ballet et l’opéra, et circule librement d’un genre à l’autre. 

À la télévision, sa musique se fait aussi entendre à Radio-Canada. Il contribue notamment à l’univers musical de l’émission jeunesse La Souris verte, où il met en musique plusieurs comptines et accompagne les personnages au piano. On lui doit aussi la musique de plusieurs téléromans, dont Les Forges de Saint-Maurice, Des dames de cœur et la minisérie Juliette Pomerleau.

Son parcours croise celui du réalisateur Claude Jutra lorsqu’il compose la musique de la version intégrale du film Kamouraska, adapté du roman d’Anne Hébert. 

Il signe aussi les trames sonores de Les beaux souvenirs (Francis Mankiewicz), Running (avec Michael Douglas) et Phobia, du cinéaste américain John Huston. 

Chaque projet devient terrain d’exploration. D’un plateau de télévision à une scène d’opéra, il adapte son écriture sans jamais s’éloigner de sa ligne mélodique, reconnaissable entre toutes.

Source image : André Gagnon et Michel Tremblay annonçant l’opéra Nelligan, Montréal, 1988. Photo : BAnQ


Une musique qui voyage

La musique d’André Gagnon franchit les frontières. Ses mélodies simples et évocatrices touchent un large public. On dit de lui qu'il est l'un des tout premiers instrumentistes québécois à toucher un très large public.

En 1975, son album Neiges, qui comprend la pièce Wow, connaît un immense succès : plus de 700 000 exemplaires vendus et plus de vingt semaines au palmarès du Billboard américain. 

La même année, son Petit concerto pour Carignan et orchestre, hommage au violoniste Jean Carignan, rapproche la tradition québécoise de l’écriture symphonique et séduit le violoniste et chef d’orchestre Yehudi Menuhin.

Affranchie des barrières de la langue, sa musique instrumentale rejoint des millions d’auditeurs dans plus de 50 pays.

Dans les années 1990, à Tokyo et Séoul, ses albums Saga, Neiges et Impressions triomphent au Suntory Hall de Tokyo avec l’Orchestre symphonique de Tokyo. 

Cette reconnaissance internationale fait écho à celle qu’il reçoit au Québec, où il se voit décerner à douze reprises le prix Félix de l’album instrumental de l’année.

Partout, ses notes sans paroles vont droit au cœur.

Source image : Piano Solitude, 2003, Japon


Quand la littérature rencontre la musique

Grand lecteur, Gagnon transforme ses lectures en musique. La littérature devient partition.

Françoise Sagan, Émile Nelligan et plusieurs autres nourrissent son imaginaire.

Invité chez Juliette Gréco à Paris, où devait se trouver Sagan, qu’il admire, il n’ose y aller : un regret durable, qu’il évoquera longtemps.

Il habite dans la maison montréalaise de Nelligan. Le parallèle symbolique est fort : leurs parents portent les mêmes prénoms : Amanda et David.

En 1990, avec Michel Tremblay, il crée l’opéra Nelligan, récompensé par le Félix du spectacle de l’année. 

Vingt‑quatre ans plus tard, en 2014, ils signent ensemble Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle, inspiré de l’univers de Gabrielle Roy. 

Avec lui, les mots deviennent des notes silencieuses qui nourrissent sa musique.

Source image : Françoise Sagan dans les années 1960. Photo: Getty Images/AFP


L’enfant chéri de Saint-Pacôme

Sa carrière internationale n’altère pas le profond attachement qu’il porte à Saint-Pacôme. Il revient souvent, s’implique localement, participe aux événements, soutient des initiatives et encourage les jeunes musiciens. 

En juin 1975, il donne un concert très attendu dans l’église paroissiale, un moment d’émotion parmi les plus marquants de sa vie.

Romantique cultivé, exigeant, généreux, amateur d’antiquités, de bonne cuisine et de bon vin, il adore qu’on l’appelle simplement « Dédé ».

Pour les Pacômiens, il reste un des leurs, un voisin qui porte le nom du village sur les scènes du monde sans jamais renier ses racines.

Ambassadeur naturel de sa communauté, il incarne pour plusieurs « l’enfant chéri de Saint‑Pacôme ».

Source image : André Gagnon à Saint-Pacôme. Photo : Archives Famille David Gagnon

Entrelacs : relier les mondes

Toute sa vie, André Gagnon relie des univers en apparence éloignés : ville et campagne, musique classique et musique populaire.

En 1978, il tombe sous le charme de la Summer House de D. W. Ross (The Big House). Ample et ouverte, ponctuée de lucarnes et d’une galerie, la demeure s’ouvre sur le paysage, privilégiant lumière et calme. À l’image de son parcours, cette maison croise influences et lignes singulières.

Conçue par George Allen Ross pour son père, entre 1902 et 1903, elle précède la création, avec David Huron MacFarlane, de la firme Ross and Macdonald.

Entre deux tournées, il y retrouve, comme à Saint-Pacôme, le silence et le rythme des saisons, loin de l’effervescence des studios et de la scène. Comme sa maison du square Saint‑Louis à Montréal, Entrelacs devient refuge et lieu de création. 

Au fil du temps, il reçoit honneurs et prix, dont plusieurs Félix et Juno, ainsi que l’Ordre du Canada, puis l’Ordre national du Québec.

Aujourd’hui encore, ses mélodies, comme un fil rouge, relient le monde entier à Saint-Pacôme, ce village au bord de la rivière où tout a commencé.

Source image : Résidence d’André Gagnon, sur les bords du Lac des îles, Entrelacs. Photo : Archives Famille David Gagnon   

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Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme

Circuit Fil Rouge Saint-Pacôme image circuit

Presented by : Parcours Fil Rouge
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