2202, chemin du Village

Saint-Faustin & Saint-Jovite : les premiers jalons

Il ne fait aucun doute que c’est grâce aux Belles Histoires des Pays d’en haut, l’œuvre de Claude-Henri Grignon, que la figure haute en couleur du curé Labelle (1833-1891) est aujourd’hui connue de la majorité des Québécois. Pour les mêmes raisons, bon nombre d’entre eux associent spontanément Antoine Labelle à Sainte-Adèle, où se déroule l’action du feuilleton. Or, c’est à Saint-Faustin et à Saint-Jovite (aujourd’hui Mont-Tremblant) que celui qu’on surnommait « le roi du Nord » a posé au début des années 1870 les premiers jalons de son œuvre de colonisation. Il fallait en effet traverser le territoire de ces cantons au nord-ouest de Sainte-Agathe-des-Monts pour accéder à la terre promise sur laquelle le curé Labelle fondait tous ses espoirs : la vallée de la Rouge.

Plusieurs documents d’archives font état des expéditions du curé Labelle dans les cantons Wolfe (Saint-Faustin) et De Salaberry (Saint-Jovite). Pendant ses premiers voyages, après avoir franchi le terrible chemin de la Repousse, il campe à la belle étoile avec ses compagnons ou dans le camp de bois rond d’un colon, explore le canton en suivant la carte d’arpentage, repère les chutes sur les cours d’eau où on pourra un jour aménager une scierie ou un moulin à farine. Il observe le relief, la nature des sols, marque le futur emplacement de l’église, autour de laquelle naîtra un jour le village. Puis il repart, toujours plus au nord, marchant à travers bois ou canotant sur les rivières à la recherche d’un nouveau lieu de peuplement, de cantons à faire arpenter, de chemins à construire, de colons à encourager.

En près de vingt ans, Antoine Labelle aura ainsi effectué 45 voyages dans les cantons du Nord, contribuant à créer dans les vallées de la Diable, de la Rouge, de la Lièvre et de la Gatineau une vingtaine de nouvelles paroisses.

© Photo : Évêché de Saint-Jérôme.


Lettre d'un « jeune et courageux colon »

Wilfrid Lapointe et sa femme Philomène Robert comptent parmi les colons fondateurs de Saint-Jovite, l’une des localités qui composent l’actuelle Ville de Mont-Tremblant. En 1878, à l’âge de dix-neuf ans, Wilfrid quitte sa famille pour se défricher une terre dans le huitième rang du canton De Salaberry. En compagnie de Jules, son jeune frère, il affronte les épreuves qui sont alors le lot des colons : travail physique éreintant, pauvreté extrême, isolement, malnutrition. Il parviendra cependant à ses fins et s’établira comme cultivateur dans la paroisse naissante, tout comme ses frères Jules et Cléophas.

Le parcours de Wilfrid Lapointe se distingue toutefois de celui des autres colons. Contrairement à la majorité des défricheurs, issus de villages des Laurentides tels Sainte-Agathe ou Saint-Sauveur, Wilfrid Lapointe n’avait aucune connaissance de la vie en forêt et du travail de colon. Il habitait à Sainte-Thérèse lorsque, séduit par les discours du curé Labelle sur la colonisation, il prit la décision de « s’ouvrir une terre » dans les nouveaux cantons du Nord. Deuxième garçon d’une famille de 12 enfants, il avait commencé à travailler très jeune et exercé toutes sortes de métiers : aide-ébéniste, ouvrier agricole, manœuvre, homme de peine. Autre trait qui le distingue de ses compagnons de l’époque : Wilfrid Lapointe savait lire et écrire. C’est ainsi qu’il a laissé à sa descendance plusieurs documents et de la correspondance qui forment un témoignage rare de la vie quotidienne des colons.

Le 23 juin 1881, le journal Le Nord publia la lettre d’un « jeune et courageux colon » qui se félicitait d’avoir réussi à « faire de la terre neuve » : c’était Wilfrid Lapointe.


Wilfrid Lapointe raconte...




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