Cœur de Saint-Sauveur | La nature apprivoisée

Les premiers temps

« À cinq ou six milles de l’église de Saint-Jérôme, commençait la forêt, regardée comme inaccessible.  [Au nord], il n’y avait plus, au-delà, qu’un printemps fugitif, qu’un été illusoire. »      
(Arthur Buis, Chronique du 24 août 1882)

À l’instigation du curé Labelle, des colons viennent pourtant s’établir dans cette forêt qu’ils transforment peu à peu, à force d’un travail acharné et épuisant. Ils s’appellent Jean-Baptiste Desjardins, Théophile Guindon, Antoine Paquin, Léon Raymond, Orphir Demers.  Certains d’entre eux ont choisi de fuir les troubles de Saint-Eustache pour le calme des montagnes. En 1850, 263 colons sont établis à la mission de la Circoncision qui devient la Paroisse de Saint-Sauveur, cinq ans plus tard.

Un travail ardu

Le travail est dur et toute la famille y participe. Femmes et enfants doivent faire le train, traire les vaches ou couper le bois de chauffage, pendant que les hommes travaillent aux chantiers ou à la construction du chemin de fer, pour 10 ou 12 cents de l’heure. Le sol étant pierreux, les paysans se consacrent bientôt à l’élevage et coupent le bois des forêts pour le vendre à Montréal.  Puis, apparaissent forges, tanneries, beurreries, moulins et autres industries de l’époque.

Photo : Voyage de foin, vers 1920.

L’arrivée de la voie ferrée

À la fin du XIXe siècle, l’arrivée du train brise l’isolement du village; et plus tard, l’apparition de l’automobile, la construction de la route 11 (actuelle 117), puis celle de l’autoroute 15, en 1962, donneront chaque fois, un nouvel essor à Saint-Sauveur.

Comme tous les villages du Québec, Saint-Sauveur s’est développé autour de sa rue Principale, d’abord appelée chemin du Grand Ruisseau, où se rassemblent les commerces, les services et les gens importants : maires, marchands, médecins et autres notables.
 
Dès les années 1880, les agriculteurs vendent leur production à la beurrerie d’Edmond Brosseau située sur la rue Principale. En 1909, ils peuvent se procurer des produits de premières nécessités au magasin général du maire François-Xavier Clouthier.

Photo : Gare et hôtel Val-Riant

Forge de famille Ratelle

En 1929, Saint-Sauveur comptait 37 maisons et quelques commerces, dont la boulangerie Pagé, la forge des Ratelle ou celle de Jules Beauchamp, voisine du salon du barbier d’Albert Forget. Sur la rue Principale, on trouvait aussi la maison du docteur Joseph-Octavien Lapointe et celle du notaire Joseph Chevalier, qui servait également de bureau de poste. 

Avec la montée dans le Nord des premiers trains jusqu’à Piedmont, en 1892, la rue Principale est envahie en hiver par les skieurs et vacanciers de plus en plus nombreux.  Ils occupent les hôtels et même les maisons privées, moyennant rémunération, bien entendu!

On raconte au village

De 1849 à 1853, les colons devaient aller à pied jusqu’à Saint-Jérôme, à vingt-cinq milles de distance, pour acheter leurs provisions. Jean-Baptiste Dufresne et son épouse racontent qu’ils ont passé trois mois à manger des pommes de terre cuites sous la cendre et à boire une infusion d’écorce d’érable.

Quand quelqu’un tombait malade, on le soignait avec des produits naturels : la gomme d’épinette cicatrisait les entailles; les tisanes de menthe, d’écorce de pruche ou de thé des bois revigoraient; les cataplasmes de moutarde décongestionnaient les bronches; et il ne faut pas oublier la boisson la plus naturelle après l’eau et le lait : le petit whisky blanc, à cinq cents le verre, qui nettoyait la gorge et réchauffait le dedans.

À la fin du XIXe siècle, Patrick Goyer livre, en voiture à cheval, un bon « pain de fesse » qui coûte 7 cents.  Au magasin général, on peut se procurer une douzaine d’œufs frais pour 12 cents, une livre de beurre « en tinette » à 15 cents et un coq engraissé pour un dollar. On peut casser la croûte au restaurant de la famille Aubin, en face de l’église, ou prendre un verre dans l’un des trois hôtels de la rue Principale : la Pension Michel, l’Hôtel Plouffe et l’hôtel Camille Beaulieu.

Photo : Magasin Médecine, vers 1950

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Source texte et photos:
Société d’histoire et de généalogie des Pays-d’en-Haut



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Histoire de Saint-Sauveur - D'hier à aujourd'hui

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