Moulin du Petit-Pré

Moulin du Petit-Pré

Photo source: Archives de Montréal


Moulin du Petit-Pré, Château-Richer (1927)

Voici une photo datant de 1927 du moulin du Petit-Pré construit en 1696 sur la rivière Lottainville à Château-Richer dans la seigneurie de Beaupré.

Source: Wikimedia Commons sous la rubrique Moulin du Petit-Pre by Edgar Gariepy 1927.jpg

Moulin du Petit-Pré (date inconnue)

Suite à l'arrêt des opérations, le moulin du Petit-Pré a été largement à l'abandon des années 50 jusqu'en 1985. Cette photo nous donne une idée de l'état des lieux. 

Source: Centre de Généalogie, des Archives et des Biens Culturels de Château-Richer

Le moulin du Petit-Pré

La culture du blé procure déjà au XVIIe siècle des récoltes abondantes dans la région de Québec. Une requête des habitants de l'Ange-Gardien parle de la nécessité de construire un moulin à farine à la Longue-Pointe (Petit-Pré). Déjà en 1668, Mgr de Laval avait acquis la terre à ce dessein, laquelle avait été concédée à l'origine à Jean Jolliet, père de Louis Jolliet, célèbre découvreur du Mississippi. Mgr l'Évêque possédait ainsi deux bonnes raisons pour enclencher le processus de la construction du deuxième moulin à farine actionné par la force motrice de l'eau sur le territoire de Château-Richer. 

Le processus débute par l'appropriation de l'emplacement et de l'usage de la rivière elle-même. Le 5 avril 1690, Charles Aubert de la Chesnaye de la Garenne, décédé en 1683, se fait adjurer le fief de Lottinville, dont les terres sont bornées à l'est par la rivière du même nom. En retour, il décharge les héritiers de toutes dettes qu'ils auraient eues envers lui. Mgr de Laval, en sa qualité de procureur décide par pouvoir et privilège féodal de retirer les héritages. En compensation, La Chesnaye obtient quittance. Mgr de Laval devient le nouveau propriétaire du fief Lottinville. Aussitôt les titres de propriété sont remis au Séminaire. 

Bien avant, Mgr de Laval avait acheté la terre de feu Jean Jolliet (1668) qu'il avait ensuite louée à Louis Jobidon et à son épouse. Devenue veuve, Mme Jobidon épouse Julien Allard qui exprime le souhait d'acheter la métairie du Petit-Pré. Mgr de Laval y consent et la vente s'effectue le 2 mars 1678. Il se réserve toutefois un arpent à partir du bord de la rivière. Ses ambitions se concrétisent encore un peu plus. Le 5 février 1691, Allard cède à son beau-fils, Louis Jobidon, une habitation et une terre encore hypothéquée. Mgr de Laval ratifie ce transfert de propriété le 7 mars de la même année et se réserve, cette fois, un arpent et demi à prendre au pied du coteau en prévision de l'érection du moulin.

Quatre mois plus tard, Mgr de Laval vend à Charles Lefrançois fils, la terre dominiale de Lottinville en se réservant encore une fois l'arpent et demi à prendre à partir de la rivière. Mgr de Laval possède donc son emplacement borné au fleuve et au coteau. Ne lui reste plus qu'à s'approprier l'usage de la rivière elle-même. Le 11 juillet 1691, Mgr de Laval et les deux voisins Jobidon fils et Lefrançois fils "convenaient, pour le bien de la paix, que la Rivière du Petit-Pré servirait de borne depuis le bord du fleuve jusqu'au premier coteau, et que ladite Rivière demeurerait libre audit Seigneur Evesque".

La construction du moulin du Petit-Pré débute en 1695. Moulin industriel, le premier en Nouvelle-France, il est d'abords et avant tout construit pour moudre le blé des bourgeois commerçants de Québec. Le contrat est confié à Charles Pouliot de l'Ange-Gardien. L'Importance du chantier justifie qu'on y construise un four à chaux. En novembre, la maçonnerie est terminée. Au printemps 1696, Louis Michel construit les bâtiments de service. À l'automne 1696, le moulin recouvert de son toit de bardeau de cèdre est prêt à fonctionner. Bâti de pierre sur la terre de feu Jean Jolliet, il compte deux étages et deux moulanges à farine. À l'origine, il mesure 60 pieds de front sur 31 pieds de largeur et ses murs ont plus de trois pieds et demi d'épaisseur. Le premier meunier du moulin est Jean Richard. 
Le moulin deviendra vite un complexe industriel impressionnant pour l'époque. Outre le moulin, l'ensemble comprendra un bâtiment secondaire en colombage construit en 1698, des hangars, des écuries, des greniers, un grand magasin à blé et une grange. 

Le rôle des meuniers du Moulin du Petit-Pré comme pour l'ensemble des moulins à farine sur la seigneurie de Beaupré consistait à faire tourner toutes les moulanges de son moulin; comptabiliser les entrées de blé, tant celles du Séminaire que des colons; faire état "des moutures qui en proviendront, de l'argent, blutage, charroys, des dépenses qui en seront faites et en général tout ce qui concerne ledit moulin". Bien souvent, le meunier loge avec sa famille dans une partie du moulin. Le meunier et le personnel sont engagés par le Séminaire jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, où la gestion du moulin est alors confiée au meunier à titre d'entrepreneur. 

En 1705, un premier incendie endommage partiellement le moulin. Mais les opérations reprennent si bien que la rivière Lottinville ne suffit plus à alimenter le moulin durant toute l'année. Pour résoudre ce problème, on commence dès 1732 les travaux de canalisation. L'abbé Gosselin prévoit faire déverser une partie des eaux de la rivière Laval, située à trois milles dans l'arrière-pays, dans la rivière Lottinville. Plusieurs habitants se chargent d'ériger une digue afin de contenir les eaux de la rivière Laval et de les diriger vers la rivière Lottinville. Ce barrage, sans doute parmi les premiers travaux de canalisation au Canada, a crée le lac artificiel "La Retenue". Le barrage cède à au moins deux reprises, soit en 1791 et vers 1830. Les habitations à proximité de la rivière du Petit-Pré subissent de tels dommages que certains propriétaires se déclarent contre la reconstruction du barrage après le débordement de 1791. Le Séminaire choisit de reconstruire le barrage, tout de même, mais l'entreprise lui coûte cher en dédommagement aux récalcitrants.

Néanmoins, le moulin ne cesse de prendre de l'expansion. De plus en plus de colons de la seigneurie de Beaupré et même de l'extérieur viennent y faire moudre leur grain. Entre 1742 et 1744, il est décidé d'y faire l'ajout d'une rallonge de 12 pieds sur 37 pieds à l'arrière, destinée à recevoir une troisième moulange. 

Le Séminaire confie à Louis Nadeau les tâches de contremaître et de farinier entre 1744 et 1753.

À l'époque de la Conquête anglaise, tous les moulins sont incendiés par les armées de Wolfe. Malgré les inconvénients, le Séminaire choisit de récupérer les matériaux du moulin du Sault-à-la-Puce au profit de la reconstruction de celui du Petit-Pré. 

L'exécution des travaux est confiée au meunier Antoine Nadeau. Ce dernier s'engage à rétablir le moulin, la grande roue, le rouet, la lanterne et à installer deux moulanges, une première en 1760 et une deuxième en 1761. En échange le Séminaire lui accorde un nouveau bail de location. 

Il faut attendre 1778 pour l'ajout d'une troisième moulange. Une quatrième est installée entre 1797 et 1810. Vers 1831, une débâcle exceptionnelle emporte la retenue et le quai. À partit de 1856, le Séminaire se désintéresse du moulin. Des problèmes avec les meuniers l'amène à vouloir s'en départir et à le mettre en vente en 1865. Ce n'est qu'en 1871, après de longues négociations, que Georges Benson Hall s'en porte acquéreur pour la somme de 8,000$. En 1876, Hall cède le moulin au profit de son épouse. Un troisième incendie détruit partiellement le moulin vers 1877. Les flammes auraient pris naissance dans le moulin à carder, construit en 1863. 

En 1877, Richard Tremblay achète la propriété de la veuve G. Benson Hall et reconstruit le moulin sur les fondations du précédent. Les murs de trois pieds et demi d'épaisseur tiennent encore fièrs et solides. En 1889, Tremblay père cède le moulin à son fils Richard. En 1897, celui-ci le vend à madame Louis Richard, née Zoé Turgeon. 

Madame Edmond Savard, fille de Mme Richard, hérite du moulin en janvier 1925.

Le 18 octobre 1943 la Société coopérative agricole de Montmorency en devient propriétaire. Après une douzaine d'années d'opération, elle le revend à Pierre Jobidon, le 4 novembre 1955. 

Le 5 avril 1965, le ministère des Affaires culturelles s'en porte acquéreur. En 1973, après la réalisation de fouilles archéologiques, il procède à la restauration des murs extérieurs et démolit l'annexe située à l'ouest du moulin. Puis le bâtiment reste vide jusqu'à ce qu'un comité se forme le 17 janvier 1980. En 1984, le Centre d'Interprétation de la Côte-de-Beaupré s'y installe. Les bureaux de la MRC et des droits de la Publicité y sont demeurés jusqu'à leur déménagement en novembre 2002. Le Centre d'Interprétation déménage alors dans sa nouvelle bâtisse, le Vieux Couvent, en mai 2002. 

La raison de ces déménagements est lié à l'achat du moulin par le groupe Gestion Promiel en 1995 car ils avaient le dessin de redonner vie à la fonction d'origine du bâtiment. Chapeauté par le conseil d'administration de la Corporation pour la mise en valeur du moulin du Petit-Pré, fondée en janvier 2002, le projet de restauration, la construction du barrage et l'agrandissement à l'ouest du moulin servant à loger le mécanisme a nécessité un investissement de plus de 2 M $. La réouverture officielle a eu lieu en juin 2003. En octobre de la même année, l'entreprise se mérite le prix de meilleur nouvel attrait touristique à la Bourse Bienvenue Québec et en mars 2004, le prix régional pour le meilleur attrait touristique de la région de Québec - catégorie 50,000 visiteurs et moins. 

Depuis cet attrait a fermé ses portes. Il est resté vacant de nombreuses années. Il a récemment été racheté. Il est aujourd'hui propriété privée. 

Source: Buteau, Lise (2005). « Château-Richer, Terre de nos ancêtres en Nouvelle-France », pages 212-216

Texte de la narration

Guillaume : Papi, c’est quoi cette grande bâtisse en pierre devant nous ?

Papi : Eh bien, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Prenons quelques minutes pour contempler ce magnifique moulin et ses environs. C’est un grand moulin situé au 7007, avenue Royale. Le bâtisseur de ce moulin n’est nul autre que Monseigneur François de Montmorency-Laval, communément appelé Monseigneur de Laval. Je vous ai parlé de lui tout à l’heure en vous disant qu’il était le seigneur de la seigneurie de Beaupré. Il a assuré  la construction de ce moulin dès 1695 afin de subvenir aux besoins en farine de la colonie. Ce n’est pas le premier moulin construit à Château-Richer, loin de là, mais bien le premier moulin industriel construit en Nouvelle France. Ce moulin a été opérationnel dès 1696. Au début, on trouvait deux moulanges actionnées par la force hydraulique de la rivière Lottinville. Par malchance, neuf ans plus tard, un incendie a causé d’importants dommages au moulin. Le séminaire de Québec, alors propriétaire des lieux, l’a rapidement reconstruit, car la colonie avait besoin de farine. 

Vous savez qu’au-delà du coteau derrière vous, une importante déviation de la rivière Laval a même été effectuée incluant la construction d’un barrage pour augmenter le débit d’eau alimentant le moulin. Ceci a d’ailleurs permis, en 1744, d’ajouter une troisième moulange pour moudre le blé. Malheureusement, lors de la conquête par les Britanniques, le Général Wolfe a ordonné que le moulin soit brûlé. 

Delphine : Mais papi, pourquoi brûler un moulin qui sert à faire de la farine qui sera aussi nécessaire aux Anglais ? 

Papi : Mais Delphine, ce ne sont pas seulement les moulins qui ont été brûlés lors de la Conquête, ce sont toutes les écoles, les maisons, les granges de la Côte-de-Beaupré qui ont été incendiées. De plus tous les arbres fruitiers ont été coupés. Les seuls bâtiments épargnés par les Anglais ont été les églises et les presbytères, et là, seulement si les habitants, comme on les appelait, ne se rebellaient pas face à la destruction de leur maison et de leurs biens personnels.  Mais à St-Joachim un peu plus loin sur les bords du fleuve, l’église a été brûlée en 1759, parce que les habitants se sont rebellés contre les Anglais. 

Mais revenons-en à notre moulin du Petit Pré. Un an après la Conquête par les Britanniques, le moulin a rapidement été reconstruit par le séminaire de Québec, mais limité à deux moulanges. Une troisième moulange a été rajoutée en 1778 et même une quatrième en 1797 pour combler les besoins en farine de la colonie. À partir de 1850, le séminaire de Québec, toujours propriétaire des lieux, s’est désintéressé du moulin. Il faut se souvenir que la pomme de terre est arrivée vers 1830, réduisant les besoins en pain et donc, en farine. Le moulin est vendu en 1871 et détruit à nouveau par le feu en 1877. Il sera éventuellement remis en marche pour moudre du grain et même, plus tard, pour y scier du bois, mais la construction du chemin de fer et des routes ouvrant un accès aux marchandises provenant d’ailleurs auront éventuellement raison du moulin. 

Plus récemment, il y a eu des efforts de mise en valeur à des fins touristiques à partir de 2002, mais, aujourd’hui, le moulin est à nouveau une propriété privée. J’ai apporté quelques photos pour vous faire apprécier ce dont il a eu l’air au fil du temps. 

Les enfants en traversant la rivière Lottinville aussi appelé rivière du Petit-Pré, on entre dans la municipalité de l’Ange-Gardien et ce n’est pas le but de notre visite aujourd’hui. Je vous propose donc de commencer notre retour mais il me reste beaucoup de choses à vous raconter. 



Excerpt of
Histoire et légendes de Château-Richer | Circuit de 11,6 km

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