L'agriculture à Château-Richer

L'agriculture à Château-Richer

Photo source: Centre de Généalogie, des Archives et des Biens Culturels de Château-Richer


Transport du foin

Les boeufs étaient couramment utilisés pour les grosses besognes comme le transport du jonc, du bois et pour les travaux de la ferme. 

Monsieur Charles Asselin devant l'hôtel Champêtre. 

Source: Centre de Généalogie, des Archives et des Biens Culturels de Château-Richer

Travailleurs au lin

On retrouve sur cette photo Émile Huot, marie-Ange Deschamps, Azilda Lachance et ??

Source: Centre de Généalogie, des Archives et des Biens Culturels de Château-Richer

Transport du jonc

Deux voitures transportant du jonc sur l'avenue Royale à Château-Richer. 

Source: Centre de Généalogie, des Archives et des Biens Culturels de Château-Richer

L'agriculture à Château-Richer

LA CULTURE DU LIN
La Côte de Beaupré s'est  quelque peu démarqué au XVIIIe et XIXe siècle en faisant la culture du lin. Cette culture n'a jamais été faite pour en retirer un apport financier important mais avec les périodes de blocus navals des anglais, la culture du lin fournissait aux colons la matière nécessaire pour fabriquer des étoffes et des toiles.

Malgré une demande croissante et des offres incitatives du gouvernement anglais, cette culture est restée basse et essentiellement limitée à subvenir aux besoins personnels de première nécessité même si quelques uns tissaient des toiles et des étoffes pour les vendre à Québec. Il faut aussi prendre en compte que les colons n'avaient pas le savoir agricole pour asssurer la production de cette culture exigeante et poursuivre avec une transformation de qualité. Les étoffes et toiles produites étaient généralement grossières. 

L'ÉVOLUTION DE L'AGRICULTURE
Dès les débuts de la colonie jusqu'au XXe siècle la pratique de l'agriculture est la première et la principale activité économique à Château-Richer. L'accroissement de la population et le développement de la région sont intimement liés au potentiel agricole. Aussitôt sa terre défrichée, l'habitant s'y établit de façon permanente à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle. L'agriculture, tout comme l'élevage, demeure longtemps une activité de subsistance. 

En sa qualité de seigneur de la seigneurie de Beaupré, la Compagnie de Beaupré se conforme à ses devoirs envers ses censitaires et fait construire deux moulins pour moudre le grain. Un premier moulin à vent est érigé, avant 1657, sur la devanture de la terre appartenant à Olivier Letardif. Pour répondre aux besoins qui s'amplifient au rythme de la colonisation, un deuxième moulin, celui-ci à eau, est construit en 1661 sur les bords de la rivière du Sault-à-la-Puce. Ces deux moulins desservent toute la seigneurie de Beaupré jusqu'à la construction d'un troisième moulin, vers 1690, à Saint-Joachim. En 1695, Mgr de Laval fait construire le premier moulin industriel en Nouvelle-France sur la rivière du Petit-Pré.
 
Outre le blé et l'avoine, les habitants sèment en moindre quantité du seigle, de l'orge, du maïs et des pois. On pratique également la culture du lin pour la fabrication de vêtements et la culture du tabac.

Malgré le ravage et la désolation provoqués par la guerre de la Conquête de 1759, les habitants rebâtissent les maisons et les granges, et cultivent à nouveau leurs champs et potagers. La pratique agricole reprend sa place. Encore au début du XIXe siècle, elle est la principale activité économique. La culture du blé domine tant en qualité qu'en quantité sur les autres types de grains. Il y a bien quelques années de mauvaises récoltes mais aucune autre culture ne la surpasse jusqu'en 1830-1840, où celle de l'avoine devient d'importance équivalente. Il ne faudra que quelques années pour voir chuter la culture du blé et assister à la progression de celle de l'avoine. Beaucoup moins exigeante, la culture de l'avoine recouvre les champs de la Côte et connaît son apogée entre les années 1831 et 1871. Par la suite, elle subit un ralentissement pour être graduellement détrônée par les cultures fourragères. .L'avoine continue cependant d'alimenter le cheptel de l'habitant tandis que les cultures fourragères servent à nourrir les troupeaux de vaches laitières, un phénomène apparu vers 1881-1891. 

Les moulins érigés sur la Côte en fonction de la culture du blé sont particulièrement ralentis jusqu'à cesser leurs activités au milieu du XXe siècle. Désormais, les habitants font leurs provisions de farine chez le marchand général. Les habitudes alimentaires se modifient, apportant moins de pain sur la table mais plus de pomme de terre, un légume qui fait son apparition vers 1830. 

Pour pallier à la perte de revenus et les transformations des structures économiques qu'avait entraîné la chute du blé puis celle de l'avoine, les agriculteurs concentrent leurs activités dans les cultures maraîchères et les vergers, tout en espérant séduire le marché de Québec. Les récoltes sont abondantes et la vente de fruits et légumes rapporte une belle somme aux habitants.

Également, celui-ci s'intéresse davantage à l'exploitation de son érablière. Les produits de l'érable lui permettent d'offrir un nouveau produit au marché de Québec. Ce commerce saisonnier prend son essor au début du XIXe siècle. 
Selon le recensement de 1861, Château-Richer est la paroisse où il se produit le plus de livres de sucre d'érable, soit 102,182 livres de sucre par année. Les premières cabanes à sucre apparaissent au milieu du XIXe siècle, Auparavant, les sucres se faisaient en plein air. 

Au XXe siècle, la vocation agricole sur la Côte-de-Beaupré accorde une place privilégiée à l'industrie laitière et à la culture maraîchère, deux pratiques agricoles amorcées à la fin du siècle précédant. 

Les cultures céréalières s'estompent avec le temps. Le lin et les vergers sont progressivement délaissés et les érablières connaissent un sérieux déclin. La mécanisation des fermes chasse peu à peu les chevaux des fermes. L'arrivée du P'tit Train de St-Anne en 1889 et du Boulevard Sainte-Anne a contribué au désintéressement des jeunes cultivateurs pour la terre familiale. On voit aussi s'accentuer la prospérité des industries de la pierre et le commerce du bois. On retrouve aussi l'attrait de la ville. L'instruction supérieure est plus accessible. Tous ces changements accélèrent l'exode des terres vers la ville. 

Dans les années 60, un nouveau phénomène apparaît; la création de banlieues et l'étalement urbain. Les terres délaissées sont vendues en tout ou en partie pour la construction de nouvelles maisons. En 1978, la "Loi de la protection des sols agricoles" ralentit cette expansion urbaine et le morcellement des terres. Elle contribue sans aucun doute à préserver le paysage rural et agricole de Château-Richer. 

En 2005 il ne reste qu'onze agriculteurs à Château-Richer. 

Source: Buteau, Lise (2005). « Château-Richer, Terre de nos ancêtres en Nouvelle-France », pages 198-202

L'ÉVOLUTION DE L'ÉLEVAGE
Aux premiers temps de la colonie, l'habitant ne constitue son cheptel de bêtes qu'en fonction de ses besoins personnels et non à des fins commerciales. Il pouvait toutefois en faire commerce sur le marché local mais rarement à celui de Québec. 

Le cheptel des habitants de la Nouvelle-France se compose de bovins, destinés à labourer la terre; de chevaux, plutôt rares au XVIIe siècle mais de plus en plus nombreux avec le temps, pour le transport de la marchandise et comme moyen de déplacement; de moutons, surtout au XIXe siècle, dont la laine sert à faire des couvertures et des vêtements en "étoffe du pays" ou droguet; des porcs et des volailles pour la nourriture. 

En 1762, 478 habitants de Château-Richer se partagent un cheptel bovin de 325 bêtes. 

Avec l'apparition de la culture de l'avoine, la pratique de l'élevage prend de l'expansion. La présence, en 1831, de moulins à fouler et à carder la laine érigés à Château-Richer témoigne de l'abondance des moutons sur notre territoire. Le cheptel ovin connaît une progression surprenante. De 660 bêtes en 1765, il se compose de 4,833 bêtes en 1831. cependant, il décroît en milieu du XXe siècle, comptant 1591 bêtes de moins qu'en 1831. Il disparaît graduellement à partir de la Seconde Guerre mondiale.

Au XIXe siècle, le cheptel des bêtes à cornes est principalement composé de boeufs, de veaux et de vaches. Ces dernières sont en moins grand nombre jusqu'à la fin du XIXe siècle, Vers 1891, on commence à remarquer le phénomène inverse. L'industrie laitière se développe. Quelques beurreries voient le jour sur la Côte. Château Richer ouvre sa première beurrerie en 1899. De plus, des habitants se construisent une petite laiterie personnelle. Vers 1844 le cheptel bovin a aussi favorisé l'ouverture d'une tannerie à Château-Richer. 

Source: Buteau, Lise (2005). « Château-Richer, Terre de nos ancêtres en Nouvelle-France », pages 203-204

Texte de la narration

Papi : Vous aimez venir à la campagne n’est-ce pas ? 

Les enfants : Oui Papi

Papi : La campagne est synonyme de fermes, de terres, d’animaux de ferme, d’odeurs particulières, de fleurs des champs, de ruisseaux, de chants d’oiseaux. Pour les habitants, la campagne était tout ça, mais aussi un environnement pour y travailler, pour cultiver la terre et élever le bétail. De tous les temps, Château-Richer est restée une région agricole. 

Papi : J’aimerais donc vous parler de l’histoire de cette agriculture au fil du temps. Vous allez être surpris par la productivité de ce petit territoire. 

Papi : Il est certain que les premiers agriculteurs étaient les Amérindiens qui faisaient pousser leurs légumes comme le maïs et les courges dans cette région. Avec l’arrivée des premiers colons, on a vu une déforestation presque complète des terres de Château-Richer pour les cultures et l'élevage. Au début, le blé était semé pour obtenir la farine, mais l’habitant semait aussi le chou, l’oignon, la betterave, la carotte, la laitue, la fève, le radis noir, le concombre, le melon, la courge et bien d’autres légumes apportés d’Europe. Le colon plantait aussi des arbres fruitiers à partir de graines apportées d’Europe tels que les pommiers, pruniers et noyers. Les colons exploitaient aussi des érablières et produisaient du sucre et du sirop d’érable. Les colons ont appris le procédé des Amérindiens. En 1861, Château-Richer était la paroisse où on produisait le plus de sucre d’érable soit plus de 100,000 livres de sucre chaque année. Avez-vous une idée de la quantité d’eau d’érable, de sève, qu’il faut pour fabriquer tout ce sucre ?

Delphine : Aucune idée Papi. 

Papi : Eh bien, l’eau d’érable contient généralement de 2 à 3 % de sucre. Il faudra donc, au mieux, 3, 400,000 livres de sève ou environ 1, 500,000 litres de sève. Nos agriculteurs d’antan avaient donc beaucoup de courage pour transporter toute cette eau dans la neige, avec leurs raquettes aux pieds et ensuite transformer cette eau en sucre par bouillage. 

(La culture agricole du XVII, XVIII et XIX siècles)
Papi : J’aimerais continuer à vous parler des premières cultures des colons français. On cultivait la terre à cette époque pour entretenir les besoins en farine de la colonie, mais aussi en nourriture pour les animaux. On plantait donc principalement du blé et de l’avoine. Le blé primait au début de la colonisation, mais vers 1840, l’avoine a pris le dessus sur le blé pour pouvoir nourrir le bétail qui augmentait en nombre. 

Papi : Peux-tu me dire, Guillaume, ce qui a pu, à une époque précise, perturber l'agriculture ?

Guillaume : Peut-être les mouches et les maladies. 

Papi : Sûrement, mais je cherche autre chose. 

Delphine : Peut-être la conquête par les Anglais ? 

Papi : C’est exact Delphine. Il faut se souvenir que les Anglais ont brûlé toutes les bâtisses de la Côte-de-Beaupré ce qui veut dire que toutes les semences ont aussi été brulées. Parce que cette destruction s’est produite à l’été et à l’automne, les colons n’ont pas eu le temps de se préparer pour l’hiver. Beaucoup d’entre eux ont passé le premier hiver dans les caveaux à légumes. 

Guillaume : Moi je n’aurais pas aimé passer l’hiver dans un caveau à légume. 

Papi : Ah mais les habitants étaient résilients. Ils ont rapidement rebâti maisons et granges. L’agriculture est restée, tout au long des XVIIe, XVIII et XIXe siècles, l’activité économique principale de Château-Richer. 

(La culture du lin)
Papi : Vous savez les enfants, les habitants de la Côte des beaux prés étaient considérés comme étant plus riches que d’autres exploitants de fermes ailleurs. C’était peut-être la vaillance de ces habitants qui réussissait toujours à avoir des excédents de cultures comme le blé pour la vente. Mais il y avait aussi une autre culture qui a bien servi les habitants et c’est le lin. On a longtemps cultivé le lin ici à Château-Richer. 

Guillaume : Et ça se mange du lin ? 

Papi : Oui Guillaume, la graine se mange mais cette plante a d'autres usages! Le lin est aussi une plante cultivée pour ses fibres textiles. Avec cette plante, les habitants faisaient des toiles de lin. Comme le lin était une culture importante en Bretagne au XVIIe siècle, il n’est pas surprenant que la pratique se soit répétée ici en Nouvelle-France. Avec le lin, on pouvait faire des vêtements, mais aussi des voiles pour les bateaux.

(La culture agricole du début du XX siècle)
Papi : Les choses vont évoluer au XXe siècle. L’arrivée du train et la construction d’une route vont modifier l’agriculture. On délaisse les cultures céréalières et on se tourne vers l’industrie laitière et la culture maraîchère. Ensuite, ce sera la mécanisation qui verra les chevaux disparaître des champs. Mais peut-être le plus grand responsable du délaissement éventuel des champs sera le chemin de fer qui permettra aux jeunes d’aller travailler en ville au lieu de reprendre la terre des parents. De plus, on assiste à l’étalement urbain par la construction résidentielle sur les terres basses ainsi que sur les coteaux. Vous pouvez le voir vous-mêmes en suivant l’avenue Royale. Au début du XXe siècle, le plein potentiel des terres était cultivé et utilisé. Aujourd’hui, vous pouvez voir des champs laissés à l’abandon et le coteau qui borde l’avenue Royale s’est reboisé par l’abandon des cultures. Il ne reste plus aujourd’hui qu’une dizaine de producteurs agricoles à Château-Richer.



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Histoire et légendes de Château-Richer | Circuit de 11,6 km

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