Les bancs de poisson

Par Mireille Lévesque (1998-2000)

Formée de douze mosaïques en forme de poissons adossées à un banc, l’œuvre fait la fierté des Varennois. Chaque poisson se rapporte à un mois de l’année et est constitué de plus de 2 000 morceaux de pierre et de pâtes de verre, de porcelaine et d’une multitude de petits objets symboliques, tous taillés à la main.

Parfait exemple de médiation culturelle, les mosaïques ont été réalisées grâce à la participation des citoyens de Varennes. Chacune d’elles réfère à des éléments permettant d’identifier les donateurs ayant contribué à la réalisation des œuvres. Liant l’utile à l’agréable, les marcheurs et cyclistes empruntant ce chemin peuvent s’y reposer tout en admirant le paysage et les mouvements du fleuve qui inspire tant l’artiste.

Crédit photo : Simon Lanciault

Une mosaïste reconnue

Mireille Lévesque est diplômée de l’École des beaux-arts et détient une maîtrise en arts visuels de l’Université du Québec à Montréal. Elle perfectionne sa formation en mosaïque grâce à de nombreux ateliers offerts à travers le monde. Reconnue à l’étranger par le biais du regroupement international des mosaïstes, elle participe à de nombreux collectifs et publications sur le sujet.

Son approche artistique découle du regard personnel qu’elle pose sur la société tout en nous racontant de petites histoires avec un humour parfois grinçant, mais toujours très coloré autant dans la forme que dans le fond. Ses sources lui viennent du fleuve près d’où elle habite, du vent et de la terre.

Janvier

Le poisson de janvier a été réalisé pour le compte de la famille René Thomas. La mosaïque est faite de pâte de verre d’Italie, de porcelaine du Portugal, d’obsidienne, d’agate et de sodalite. L’imagerie employée par l’artiste est celle de flocons de neige et d’une horloge marquant la nouvelle année. En référence à la famille Thomas et à ses activités commerciales dans le domaine de la quincaillerie, un petit marteau a été inséré dans l’œuvre.

Utilisée comme image frontispice de la politique culturelle de la Ville de Varennes, ayant pour titre « Du temps pour la Culture », cette première d’une série de douze mosaïques est la plus représentative de l’ensemble et la plus utilisée pour représenter l’œuvre de Mireille Lévesque.

Février

Février a été créé pour le compte de la famille Normand Chaput, concessionnaire automobile. Faite de pâte de verre d’Italie, de porcelaine du Portugal, d’agate et de marbre, on y retrouve une scène d’hiver et une étoile représentant les activités commerciales de la famille.

Selon l’artiste, qui habite non loin de son œuvre aux abords du parc de la Commune, certains citoyens varennois ont pris l’habitude de côtoyer régulièrement les bancs de poisson lors de promenades ou lors de certains rituels. C’est le cas d’un passant qui, de façon régulière, venait s’installer sur l’un des bancs avec son oreiller et son verre de vin. Une agréable façon de relaxer lors de belles journées d’été!

Mars

Mars a été réalisé pour le compte de la famille Fernand Robert. La mosaïque est faite de pâte de verre d’Italie, de muranette, d’agate, de porcelaine et de marbre. Le mois de mars est symbolisé par les couleurs printanières utilisées ainsi que par la présence d’un trèfle qui rappelle la fête de la Saint-Patrick. Le métier de Fernand Robert, qui était forgeron, est représenté par la réplique d’une enclume utilisée à la forge. Une balance vient rappeler l’apport de la famille à la vie politique varennoise.

Il n’est pas rare que l’artiste s’enquière auprès des passants de leur impression ou de leur appréciation concernant les bancs de poisson. Plusieurs varennois lui ont ainsi expliqué qu’ils se sont appropriés l’un ou l’autre des bancs. Certaines personnes viennent donc religieusement s’y recueillir, souvent sur celui représentant le mois de la disparition d’un être cher. Lorsque Mireille Lévesque apprend l’attachement d’une personne pour l’un de ses bancs, elle le lui offre symboliquement en cadeau. Selon elle, la vue sur l’eau qu’offrent ses bancs aide à l’apaisement. L’appropriation d’un banc, par une personne en deuil, l’aide à cristalliser sa peine.

Avril

Avril a été réalisé pour le compte de la famille Jules Brunelle et est représenté par une vache dans un pré, rappelant le métier de boucher qui se transmet dans la famille depuis plusieurs générations. Réalisée avec de la pâte de verre d’Italie, du quartz, de l’agate, de la muranette et de la porcelaine, cette mosaïque figure dans un guide de référence sur le sujet. En effet, elle a été sélectionnée par la Maison d’Édition Quarto de Londres, en Angleterre, pour faire partie d’un ouvrage sur l’art de la mosaïque écrit par Rosalind Wates, publié en Grande-Bretagne et en Australie.

Lors de la réalisation des bancs de poisson, aucune commande n’avait été donnée à Mireille Lévesque en regard au visuel de chaque banc. Les familles ou entreprises ayant commandité un banc laissaient champ libre à l’artiste quant au sujet et aux éléments qu’elle aborderait dans leur mosaïque respective. Tous sauf la famille Brunelle qui, souhaitant ardemment y voir représentée une de leurs vaches, gagnante de plusieurs concours, avait laissé une photo du bovin à l’artiste afin de guider sa création.

Mai

Mai a été réalisé pour le compte de la Banque Nationale et est fait de pâte de verre d’Italie, de quartz, d’agate, de muranette et de porcelaine.  Dans sa mosaïque, l’artiste a représenté de nombreuses petites maisonnettes, illustrant ainsi les familles varennoises auprès desquelles la Banque s’est largement impliquée.

Lors du dévoilement de l’œuvre "Les bancs de poisson", une grande fête avait été organisée où tous étaient invités à y participer. Monsieur le curé Barré, un vicaire très impliqué dans sa communauté, était malheureusement tombé malade peu de temps avant l’événement, mais avait tout de même tenu à féliciter Mireille Lévesque de l’immense cadeau qu’elle offrait à ses concitoyens. Sur son lit d’hôpital, le curé Barré écrivait dans une longue lettre adressée personnellement à l’artiste : « Mireille, vous avez incrusté la beauté dans la pierre. Vous l’avez assise dans la pierre et cette pierre pourra vous prendre dans ses bras, nous prendre dans ses bras et, qui sait, faire de nous des poètes du mot, de la musique, du bois, des fleurs, de la vie, et ouvrir la communication. »

Juin

Juin a été réalisé pour le compte de la famille Roger Nadon et est représenté par plusieurs marguerites, ces fleurs très présentes en été. Un damier noir et blanc y est aussi formé et représente le carrelage d’un plancher, rappelant ainsi les activités commerciales de la famille Nadon, propriétaire de l’entreprise Tapis Nadon. Le poisson a été réalisé avec de la pâte de verre d’Italie, de la porcelaine et du marbre.

Selon l’artiste, la vue apaisante du fleuve et le romantisme qu’amène un magnifique coucher de soleil orangé sur des eaux calmes auront été le décor parfait pour un jeune couple varennois. En effet, au cours de ses nombreuses balades aux abords de ses bancs de poisson, à recueillir les commentaires des passants, Mireille Lévesque a appris qu’un jeune couple s’était donné en fiançailles sur l’un des bancs de la collection.

Juillet

Juillet a été réalisé pour le compte de la famille Jodoin et est représenté par de petits bateaux à voiles rappelant les vacances et la joie de vivre de l’été. On y retrouve aussi un mortier qui rappelle la profession de Nathalie Jodoin, notaire à Varennes. Le poisson est réalisé avec de la pâte de verre d’Italie, du marbre et de la porcelaine.

En 2009, douze cartes postales ont été réalisées sur l’œuvre "Les bancs de poisson". Elles présentaient les bancs à travers les saisons dans des paysages qui nous sont familiers. On les retrouvait sous un léger couvert de neige ou avec des enfants jouant autour et, sur le banc de juillet, un homme assis y contemplant le fleuve. Lors du dévoilement des cartes postales, l’épouse de ce dernier, étonnée de le voir assis là, disait mieux comprendre où se rendait son mari lors de ses absences occasionnelles!

Août

Août a été réalisé avec de la pâte de verre d’Italie, de la porcelaine, de la muranette et du marbre pour le compte de la Caisse Desjardins de Varennes. Sur le poisson, des tournesols y sont représentés, agrémentés de vives couleurs estivales. Afin de symboliser l’implication de la Caisse dans l’économie des familles varennoises, l’artiste y a intégré la fourmi de la Fable de La Fontaine, qui a toujours été économe et prévoyante.

Le poisson d’août a longtemps été utilisé dans une trousse pédagogique en arts plastiques pour les élèves du premier cycle des écoles primaires du Québec. Tout en apprenant les bases de l’art de la mosaïque, les enfants devaient créer une œuvre "À la manière de Mireille Lévesque". Une grande affiche et du matériel didactique adressés aux élèves et aux professeurs avaient été créés aux couleurs de la mosaïque et représentaient les grands tournesols orange.

Septembre

Septembre a été réalisé pour le compte de la compagnie Kronos Canada. Ce mois d’automne est représenté par des feuilles virevoltant au vent ainsi que par une belle pomme. Le poisson est réalisé avec de la pâte de verre d’Italie, de la porcelaine du Portugal, de l’agate et du marbre.

L’un des bancs de poisson de Mireille Lévesque constitue un point important de « geocatching ». Il n’est pas rare de croiser sur notre route un groupe d’automobilistes passant non loin des mosaïques en tentant de trouver l’endroit exact que leur indique leur GPS. Les participants de cette chasse aux trésors à grande échelle sillonnent donc la Montérégie afin de découvrir ce qui se cache à l’endroit identifié par les données GPS. Une idée originale pour découvrir les trésors qui dorment sur nos territoires!

Octobre

Octobre, réalisé pour le compte de la famille Camille Chagnon, est fait de pâte de verre d’Italie, de porcelaine du Portugal, d’agate et de marbre. Ce mois d’automne est représenté par des bernaches, très présentes à Varennes, et une citrouille pour illustrer l’halloween. Un sigle de récupération est très clairement représenté afin de faire référence aux activités commerciales de la famille Chagnon.

Mireille Lévesque aime insérer certains petits éléments particuliers à ses œuvres. Quelquefois ce sont des images du passé ou des souvenirs oubliés, d’autres fois ce sont des objets ou de petits jouets pour faire rire ou sourire. Ces petites particularités qu’elle prend soin d’apposer sur ses œuvres font de ses mosaïques une source intarissable de surprises. Des pierres provenant d’endroits précis ou d’autres, particulières à certaines régions, ont été découvertes sur ses poissons. On dit même qu’il y aurait certaines pâtes de verre incrustées d’or!

Novembre

Novembre a été réalisé pour le compte de la famille Pierre Tétreault et est fait de pâte de verre d’Italie, de quartz rose, de muranette et de marbre. Le mois de novembre y est représenté par le vent qui souffle, caractéristique de l’automne mais aussi du climat varennois et du bord du fleuve où sont installés les bancs de poisson. On y retrouve également un coquelicot pour le jour du Souvenir et une clé symbolisant la clé du Paradis, faisant référence aux activités funéraires de la famille. Selon l’artiste, cette clé serait la réplique de celle qui ouvre la porte de la Chapelle Saint-Joachim.

Lors de la mise en marche du projet de création des bancs de poisson, Mireille Lévesque a eu à solliciter les commerçants locaux pour tenter d’attribuer les douze bancs de son projet et ainsi recueillir le financement nécessaire à la réalisation des œuvres. « Pour une fois que vous pouvez être dans la vie des gens » avait ainsi lancé l’artiste à la famille Tétreault pour les convaincre de collaborer au projet. Ainsi est né le poisson de novembre, l’un des plus beaux de la collection!

Décembre

Le poisson de décembre, réalisé pour le compte de L.D.G Paysagiste, est représenté par plusieurs éléments nous rappelant l’hiver et la fête de Noël tels que le bonhomme de neige, les flocons et le sapin. À cela s’ajoute la pelle faisant référence aux activités de l’entreprise qui offre, lors de la saison froide, un service de déneigement. La mosaïque est faite de pâte de verre d’Italie, d’amazonite du Lac Saint-Jean, de marbre et de porcelaine.

La particularité de l’œuvre de Mireille Lévesque vient du fait qu’elle réalise des mosaïques extérieures dans un pays nordique. Aux yeux de ses collègues artistes de l’Association Internationale des Mosaïstes Contemporains (AIMC), créer des mosaïques qui survivront au froid et à la neige relève d’un défi hors du commun. Un ouvrage de référence pour les congressistes de l’AIMC a d’ailleurs consacré six pages entières sur les bancs de poisson, en plein hiver!



Excerpt of
L'art public à Varennes

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