L'Île Talbot

Monsieur Talbot


L'île Talbot

Placide Talbot a vécu sur cette île une partie de sa vie.

Image : L'île Talbot en 2021. Ville de Dolbeau-Mistassini


Placide Talbot : L'histoire d'une île

Nous voici sur l’île (à) Talbot. Remarquez la passerelle suspendue qui relie l’ile au Camping des Chutes : Ce n’est pas d’hier qu’on traverse sur cette ile. Cette passerelle rappelle l’époque de Placide Talbot. Né en 1873 et décédé en 1953, Placide Talbot est un homme dont le parcours reflète bien la rudesse et la débrouillardise propres au début de la colonisation de Dolbeau et Mistassini.

Image : Le pont menant vers l'île Talbot, en 2021. (Source : Ville de Dolbeau-Mistassini)


De la Beauce jusqu'à Mistassini

Fils de Vilbon Talbot et de Louise Rochette, Placide Talbot naît à Natashquan, comté de Saguenay, en 1873, et déménage à Saint-Théophile-de-Beauce en 1886. Il y épouse Léda Hébert, avec laquelle il décide de s’établir à Mistassini, où la famille arrive vraisemblablement en mai 1926.

À Mistassini, la famille s’installe sur la petite île, où Placide construit une maison imposante d’une vingtaine de chambres, louées à des travailleurs forestiers Le transport du bois se fait par la rivière, qui lui sert aussi d’accès principal à son domaine. L’occupation du lieu est jugée illégale à l’époque, et Placide est qualifié de « squatteur ». La Lake St. John Power & Paper, propriétaire des lieux et exploitante de la papeterie de Dolbeau à partir de 1927, utilise également la rivière Mistassibi, ce qui entraîne rapidement des frictions entre les deux parties.

Épreuves

Malgré les efforts pour s’adapter, la vie à Mistassini est marquée par des épreuves, comme la perte d’enfants, mais aussi en raison d’altercations judiciaires. Placide et son fils Alcide sont accusés d’avoir détruit des bômes (boom) de la compagnie en 1932.

Cette poursuite en justice se prolonge et « l’île no 57 » est vendue en février 1938 avec tout ce qu’elle contient. M. Talbot quitte pour Sainte-Thérèse-de-Colombier vers 1939 et y décède en 1953.

Malgré les affronts et les tensions, Placide Talbot était un homme estimé. Par cette histoire singulière, l’île Talbot représente une volonté farouche de s’enraciner.


Le Camping des Chutes

Le Camping des Chutes et la Chute des Pères, à Dolbeau-Mistassini, en 2016. 

Source : Ville de Dolbeau-Mistassini


La drave près de l'île Talbot

À une époque, la drave était au cœur de l’activité forestière régionale. L’usine qui s’implante à Dolbeau grâce à M. Wallberg ne fait pas exception, usant de ce moyen naturel de transport du bois pour acheminer les billots jusqu’à ses installations, à proximité de la rivière Mistassibi.

Image : Les billots dans la rivière près de l’usine Lake St. John Power & Paper Co. de Dolbeau, avec le système de blocage sur l’eau (estacades), en octobre 1927. (Source de l’image : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P61 Fonds Damien Rochette)


Le flottage du bois

La mise en marche des machines à papier de l’usine de pâtes et papier de Dolbeau en 1927 entraîne l’aménagement de bômes destinées à contrôler le flottage du bois jusqu’à l’usine. 

Pour Placide Talbot, installé avec sa famille sur une petite île entre Dolbeau et Mistassini, ces installations deviennent rapidement un problème. Les estacades restreignent l’accès à « son » île, nuisant directement au transport de son bois et à l’exploitation de sa maison de 20 chambres qu’il loue à des travailleurs. 

1932

En juillet 1932, la situation dégénère. Voyant son bois partir à la dérive, Placide aurait alors lancé son célèbre juron : « Sacré bondance ». Pour manifester son mécontentement, Placide et son fils Alcide bloquent et brisent des cages de bois, perturbant le flottage et causant de sérieux ennuis à la compagnie Lake St-John Power and Paper.

Amende de 10 $

Les événements entraînent une longue suite de procédures judiciaires, amorcées avec un procès à Roberval en août 1932 et qui s’étirent jusqu’en 1941. Plaidant coupables, on leur impose le paiement d’une somme de 10 $. Bien que l’amende soit modeste, les conséquences sont lourdes : Placide perd sa maison insulaire et voit s’effondrer ce qui constituait l’essentiel de ses revenus. La drave, moteur du développement régional, aura ainsi scellé le sort d’un homme déjà à contre-courant du changement.

Références

Daniel Lalancette. L’Odyssée de Placide Talbot, 2018, 81 p.

Sur les pas de nos défricheurs, Québec, le Ministère, 1948, ressource en ligne (94 p.) : ill., Collections de BAnQ. 

La Gazette officielle du Québec, 31 décembre 1937, p. 77. 

Le Soleil, 23 août 1932, p. 7.

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Dolbeau-Mistassini se raconte

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