L'ancien complexe Paton

Quand la Paton habillait les soldats


Le barrage no1 ou Main Dam

C’est en 1823 qu’un premier barrage rudimentaire est érigé dans le secteur « des moulins d’en-haut » par Charles Frederick Henry Goodhue. Reconstruit en 1854, celui qu’on appelle barrage n° 1 ou Main Dam alimente alors les manufactures du secteur, dont la Paton, qui s’installe à proximité en 1866. Cette dernière n’apprécie guère de partager son potentiel hydraulique, surtout que ses demandes énergétiques croissent sans cesse. Dès le début du XXe siècle, la compagnie demande un nouveau barrage. Le projet se concrétise en 1926; situé un peu en aval de l’ancien, il possède une hauteur de chute plus importante que les précédentes installations, ce qui entraîne une plus grande production d’électricité, ce que souhaitait la Paton, mais aussi l’inondation d’un grand nombre de terrains situés à proximité. Photo : années 1900.


Le complexe Paton vers 1945

Le premier bâtiment de l’usine Paton est inauguré en 1867. Rapidement, l’industrie grandit et de nouveaux locaux sont construits, ou achetés, pour suffire à la demande. En 1909, la Paton acquiert d’ailleurs les ateliers de la Lomas, qui était en activité depuis une quarantaine d’années. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le complexe Paton compte une dizaine de bâtiments et emploie plus de 700 personnes. 


Des uniformes made in Sherbrooke

Durant la Deuxième Guerre mondiale, la Paton est l’un des principaux fournisseurs des Forces armées canadiennes pour les textiles destinés aux uniformes et tenues de combat, autant pour la marine et l’aviation que pour l’armée de terre. En plus d’expédier ces textiles quatre coins du pays, l’entreprise sherbrookoise envoie également une partie de sa production vers les pays membres du Commonwealth. Photo : entre 1939 et 1941, un groupe de militaires prend la pose. Sur la dernière rangée, les trois soldats du centre sont les frères Conway (Claude, Gordon et Edward).


Une expertise reconnue partout

Les employés affectés au tissage sont reconnus pour leur compétence et leur maîtrise des différents textiles, notamment ceux adaptés aux exigences militaires. Parmi eux se trouve le worsted, caractérisé par un tissage extrêmement serré, lisse et très solide qui répondait bien à la rigueur des opérations sur le terrain. Ici, Roland Jean prépare sa machine pour le tissage de la laine, à l’usine Paton. Photo : années 1940 ou 1950.


Un patrimoine industriel à mettre en valeur

Après le départ des machines et des employés de la Paton en 1978, les bâtiments de la rue Belvédère sont restés abandonnés plus de dix ans, témoins d’un riche passé industriel, mais fixés dans le temps. Plusieurs projets de réhabilitations seront évoqués dans les années 1980 pour redonner vie au lieu, dont celui d’y installer la bibliothèque municipale! Finalement, l’élaboration de la Place Andrew-Paton ainsi que la reconversion d’autres bâtiments en restaurant, condos et logements sont mises en place, devenant l’un des premiers projets de réhabilitation du patrimoine industriel d’envergure au Québec. D’ailleurs, c’est dans les locaux de l’actuelle Habitation Paton (Office municipal d’habitation de Sherbrooke) qu’étaient fabriqués les fameux worsteds durant les deux grandes guerres. Photo : Travaux de recyclage de l’ancienne usine Paton, septembre ou octobre 1984.


Texte de l'audio

Quand la Paton habillait les soldats

Pourquoi ne pas vous rendre dans le stationnement derrière la Place Andrew-Paton, entre les bâtiments de la rue Belvédère et l’actuelle Habitation Paton? Vous serez à même de constater l’ampleur de cette ancienne manufacture qui a habillé un nombre important de soldats canadiens et du Commonwealth durant les conflits mondiaux. Même s’il ne reste que quelques bâtiments de l’ancien complexe Paton, la qualité de la reconversion effectuée au cours des années 1980 permet de ressentir toute l’importance que cette industrie a eue au niveau local, mais aussi à l’échelle nationale. 

Fondée en 1866 par Andrew Paton, la Paton Manufacturing Company ouvre ses portes le 1er juillet 1867 avec 150 personnes aux machines, ce qui est énorme pour l’époque. En fait, dès ses débuts, elle s’impose comme une industrie majeure à Sherbrooke et gagne rapidement ses galons au niveau national : en 1872, elle est déjà la plus importante fabrique de lainage au Canada. Au tournant du XXe siècle, elle peut traiter jusqu’à 45 millions de kilos de laine, ou un peu plus de 44 000 tonnes, par année! 

À la même époque, son excellente réputation et la qualité exceptionnelle de ses tissus lui permettent d’obtenir d’importants contrats auprès des autorités fédérales, dont la production de la serge rouge typique des tuniques de la Gendarmerie royale du Canada. Et cette relation commerciale va se poursuivre lors des deux conflits mondiaux. Capable d’adapter sa production, la Paton fournit du worsted, textile destiné aux uniformes de combat, mais aussi du tweed, du jersey, de la flanelle et du tricot. Durant la seule année 1940, la Paton obtient trois contrats militaires majeurs. Au cours du conflit, 95 % de la production de l’usine de la rue Belvédère est destinée aux différents corps de l’armée canadienne, mais aussi à d’autres nations du Commonwealth engagées dans la guerre. Le montant total des contrats se chiffrent, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, à environ 300 000 $ !

Après un retour au calme, la Paton réajuste sa production aux besoins civils et, même si les carnets ne se remplissent plus sur les chapeaux de roue, ils demeurent malgré tout bien remplis pour encore deux décennies. La compagnie profite également de l’après-guerre pour remplacer ses équipements, épuisés par plusieurs années de production intensive. Elle se procure alors de tout nouveaux appareils de cardage et de filage. La teinturerie est également remise à neuf. 

Le complexe de la rue Belvédère ferme finalement ses portes en 1978, alors que la Paton déménage dans des locaux beaucoup plus modestes, sur la rue Woodward. La compagnie quitte définitivement Sherbrooke en 1983.

Extract of
L’héritage militaire de Sherbrooke | Audioguide gratuit

L’héritage militaire de Sherbrooke | Audioguide gratuit image circuit
Presented by : Musée d'histoire de Sherbrooke (MHIST))
Get There

Download the BaladoDiscovery app (for Android and iOS) and access the largest network of self-guided tour experiences in Canada.