Le CRFC Détachement Sherbrooke

Quand s'enrôler pouvait laisser un goût amer


Des manifestations aux conséquences peu glorieuses

En novembre 1917, des représentants du gouvernement de Robert Borden organisent une assemblée au théâtre His Majesty’s, sur la rue Wellington Nord, dans la foulée des élections fédérales de décembre.  Un grand nombre de personnes se rassemblent à l’extérieur du lieu pour notamment signifier leur opposition à la conscription : la Loi du Service Militaire doit officiellement entrer en vigueur le 1er janvier 1918. Le tout tourne au vinaigre lorsqu’on asperge au boyau d’arrosage les contestataires qui, selon La Tribune de l’époque, étaient plutôt tranquilles avant cette agression mouillée. S’ensuivent du grabuge et des dégâts matériels. Le lendemain, même si les fenêtres du bâtiment sont barricadées, on annonce que tout se passe « business as usual ».


Au tableau d’honneur

En mai 1944, un tableau d’honneur est installé près de l’intersection des rues King Ouest et Wellington, au pied du Cénotaphe. Selon La Tribune du 24 mai 1944, on y a inscrit « le nom des Sherbrookois et des Sherbrookoises qui se sont enrôlés volontairement dans la marine, l’armée, l’aviation, la marine marchande et le corps d’infirmières ». L’initiative, qui avait pour but d’honorer ces volontaires et sans doute de calmer la grogne face à la conscription, est unique au Québec. Son dévoilement se fera en grande pompe, incluant l’implication de plusieurs fanfares, une parade et la présence de dignitaires tels que le ministre de la Défense nationale, J.-L. Ralston.


Un soldat en uniforme

Herbert Robinson, âgé de 34 ans au début du conflit, participera à la Première Guerre mondiale. On ne sait pas s’il s’est enrôlé comme volontaire ou à la suite de la conscription.


Visite des recruteurs à la Rand

En avril 1945, des personnes chargées du recrutement de soldats pour le Corps expéditionnaire canadien rencontrent des employés de l’Ingersoll-Rand. Pour peut-être les encourager, un tableau d’honneur, où l’on a inscrit le nom des employés de la compagnie qui se sont déjà enrôlés depuis le début du conflit, leur est présenté.


Texte de l'audio

Quand s’enrôler pouvait laisser un goût amer…

Pour plusieurs, l’un des éléments marquants des deux guerres mondiales au Québec est l’imposition de la conscription et sa dénonciation virulente par les Canadiens français. Il est vrai que proportionnellement à son poids démographique au pays, le nombre de soldats francophones est faible, soit un peu plus de 5 % pour la Première Guerre mondiale, et environ 20 % pour la Deuxième. Ce refus de l’obligation de s’enrôler s’est illustré notamment par des manifestations parfois violentes, une quantité faramineuse de demandes d’exemption et un nombre plus ou moins important de déserteurs. Malheureusement, tous ces éléments effacent souvent le souvenir de ceux qui se sont portés volontaires, tout comme ceux qui y ont participé malgré leur refus initial. C’est dire à quel point cet « héritage mémoriel » est implanté dans notre perception de cette époque. Il convient ici de remettre les choses dans leur contexte.

En 1914 et 1915, le nombre de volontaires suit un rythme convenable pour les besoins, issus d’abord des unités de réserves, puis du grand public : même si le nombre d’anglophones est plus important, des francophones répondent également à l’appel. Toutefois, à partir de 1916, l’enrôlement volontaire des Canadiens stagne : pour atteindre les objectifs qu’il s’était fixé, le gouvernement de Robert Borden n’a d’autre choix que d’appliquer la conscription. Cette obligation pour les hommes de 20 à 45 ans de s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien n’est pas bien accueilli par tous, surtout par les Canadiens français. Cela produira une fracture sociale. Au Québec, 98 % des conscrits, peu importe la langue, demandent une exemption! Au final, 108 000 hommes seront enrôlés de force par la Loi du Service Militaire. De ce nombre, « seulement » 24 000 atteignent les lignes de front. Mais la blessure sociale demeure profonde, et la mémoire collective, rancunière.

Ainsi, lorsque le Canada entre en guerre contre l’Allemagne en 1939, les partis politiques fédéraux refusent de recourir d’emblée à la conscription. La défaite de la France en juin 1940 vient brouiller les cartes. Le gouvernement de Mackenzie King adopte alors la Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui force l’enrôlement, mais pour le service en sol canadien. Moins de deux ans plus tard, on demande toutefois, à la population canadienne par référendum, de consentir à la conscription outremer si le besoin s’en fait sentir. Les débats qui s’ensuivent ainsi que les résultats ravivent la fracture sociale et linguistique de 1918 : une forte majorité du Canada anglais est en faveur, alors que plus de 72 % des Québécois votent contre. À Sherbrooke, l’opposition à la conscription monte à 77 % des votes.

Cela dit, même si ces deux crises de la conscription pèsent encore parfois lourd sur le cœur des francophones du Canada, et surtout du Québec, la nécessité de se souvenir de ceux – volontaires ou conscrits – qui ont payé de leur vie la défense de la liberté et de la paix mondiale demeure. Le jour du Souvenir est un rappel annuel, alors que le Monument aux-Braves de la rue King Ouest, lui, le fait chaque jour depuis maintenant 100 ans.

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L’héritage militaire de Sherbrooke | Audioguide gratuit

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Presented by : Musée d'histoire de Sherbrooke (MHIST))
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